Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 15:02

15 mai LA CLAQUETTE - LE CLIMONT

 

Une journée maussade s'annonce dès le lever … les nuages sont bien présents.

 

Struthof-1.jpgLe camp du Struthof, moment émouvant !

 

En arrivant à Schirmeck hier en fin d'après midi j'ai relaté l'existence du camp de Schirmeck-Vorbrück qui ne doit pas être confondu avec le camp du Struthof … Dès juillet 1940, les nazis installent à Vorbrück (nom de La Broque germanisé) juste à côté de Schirmeck, un camp de sécurité (Sicherungslager) et de rééducation (Erziehungslager). Il est en effet destiné à accueillir des Alsaciens francophiles ou refusant la nazification menée par le Gauleiter Robert Wagner, chef de l'administration civile en Alsace et dans le Pays de Bade.


Le camp est entouré d'un double réseau de barbelés. Cette enceinte n'est pas sous tension, contrairement à celle du Struthof, mais elle est éclairée la nuit et pourvue d'une zone de sécurité. Très peu de prisonniers ont réussi à s'échapper. Contrairement au Struthof, les prisonniers quittent le camp une fois leur peine purgée. Les prisonniers du camp de Schirmeck-Vorbrück participent aux travaux de construction du camp de Struthof. L'essentiel du camp a été construit en janvier 1968 par les bulldozers, il n'en subsiste plus que le bâtiment d'entrée sur lequel est posée une plaque commémorative.

 

Nous quittons la Claquette pour Rothau d'où nous commençons l'ascension vers le Struthof sur un sentier (Chemin de la Mémoire et des Droits de l'Homme) où panneaux et plaques commémoratives sont posés sur un tronçon qui relie plusieurs lieux importants : la gare de Rothau où arrivaient les déportés, la chambre à gaz et le KL Natzweiler, symboles de l' horreur nazie.

 

Struthof-2.jpg

 

Le parcours correspond en partie au chemin utilisé par les déportés avant la réalisation de la route entre l'auberge du Struthof, autour de laquelle se trouvait le camp provisoire et le camp définitif. C'est sur cette partie du chemin, très pentue, que les prisonniers devaient, entre autres, transporter sur le dos les matériaux nécessaires à la construction du camp. La route fut elle aussi construite par les déportés dans des conditions très dures.

 

En 1940, l'Alsace est annexée par l'Allemagne, ce qui explique que le camp du Struthof soit le seul camp de concentration situé en France.

 

Struthof-3.jpg

 

Le mémorial du Struthof telle une flèche dirigée vers le ciel rappelle de toutes parts la cruauté du monde …

 

Avant la guerre, le Struthof est un lieu de loisir où l'on pratique le ski, on y trouve un restaurant avec une salle de fêtes. Le site est choisi pour y établir le camp en septembre 1940 par le colonel SS Blumberg, maire de Schirmeck et ingénieur-géologue … à 800 mètres d'altitude sur le versant nord de la colline en raison de la présence à proximité d'un gisement de granit rose repéré par Albert Speer, architecte d' Hitler. De plus les conditions climatiques y sont plus dures qu'au sud.


Le Struthof se trouve sur le ban de la commune de Natzwiller (Natzweiler en allemand) c'est pourquoi que le camp est appelé KL Natzweiler (Konzentrationlager Natzweiler). Depuis, le camp a pris le nom du lieu-dit Struthof. Le camp est construit en escalier et est constitué de neuf plates-formes, alors que les autres camps nazis sont construits sur des terrains plats.

 

Struthof-4.jpg

L'entrée du camp

 

Struthof-5.jpg

Struthof-6.jpg

vue sur les baraquements

 

Struthof-7.jpg

rouleau – compresseur

 

Les déportés vivent dans des baraques (ou block) qui ont été conservées jusqu'en 1953. L'entrée des blocks d'habitation est généralement orientée vers le nord. De part et d'autre se trouvent un dortoir et un réfectoire avec, au centre, les WC et les lavabos.

 

Les baraques sont construites en bois et subissent les intempéries très fortes à cette altitude (neige, pluie et vent). Dans une baraque de 12 m de large pour 44 m de long, il pouvait survivre jusqu'à 300 déportés nombre rapidement dépassé. Réveil à 4 heures en été et à 6 heures en hiver. Rapidement lavés avec de l'eau glacée, ils boivent un demi litre de tisane ou un semblant de café, puis se rangent sur les plates-formes pour le premier appel de la journée après quoi les déportés entament leur journée de dur labeur. Carrières de granit et de sable, construction du camp et de la route, construction de la cave à pommes de terre, réparations de moteurs d'avions etc ….

 

Émus nous quittons ces lieux tragiques pour le Champ du Messin.

 

Struthof-8.jpg

Champ du Messin

 

Après avoir traversé les chaumes du Champ du Messin les premières gouttes nous rafraîchissent, le vent glacial nous balaye le visage, nous pressons le pas mais ce n'est que pour mieux affronter une tempête de grêle, aucune visibilité … il fait froid nos pèlerines volent au vent !


Nous nous situons au sommet du Bas Rhin à 1 099 m d'altitude et malgré le vent qui souffle sans arrêt, violent et froid, les nuages bas chargés de pluie et la grêle qui martèle nos visages nous sommes heureux.


Il est temps de penser à la pause repas et pour cela un abri nous attend à quelques pas de la Tour.


Le plateau du Champ du Feu est le massif le plus élevé du Bas Rhin sur lequel domine une Tour d'une hauteur de 20 m, construite en 1898 en souvenir du 25 ème anniversaire de la création du Club Vosgien. C'est la seule tour de ce type érigée en béton, malheureusement en piteux état, impossible de monter à la table d'orientation en grès émaillé au sommet de la tour. Quel dommage !!


C'est la montagne des Vosges qui conserve le plus secrètement ses mystères et ne semble nullement disposée à livrer son histoire. Du point de vue géologique cette montagne est composée essentiellement de granit. Elle est recouverte de terrain tourbeux parsemé de bruyères sauvages.

 

Nous apprécions l'abri face à la Tour où nous sommes à l'abri.

 

Struthof-9.jpg

Struthof-10.jpg

Mémorable arrivée au Champ du Feu et son abri

 

Ce paysage qui ne bouge pas mais n'est jamais le même, change de minute en minute … le vent disperse la brume jouant avec les contrastes.

Struthof-11.jpg

Et quelques minutes plus tard …

Struthof-12.jpg

 

le soleil est revenu

Struthof-13.jpg

nous avons troqué les pèlerines contre les vestes

 

Steige-14.jpg

le col de Steige


Passage entre le Val de Villé et la haute vallée de la Bruche c'est aussi le point le plus bas de la route des crêtes du Bas Rhin. Un étang de pêche y est aménagé d'où on a une très belle vue vers le Climont. Une des branches du Giessen a sa source en contrebas du col.

 

Le village de Steige a une histoire intéressante qui mérite quelques mots  :

Lundi 6 juillet 1885, la femme du boulanger de Steige, Angelique Meister, se présente au laboratoire de Pasteur, rue d' Ulm, accompagnée de son fils Joseph âgé de 9 ans et de Théodore Vonne, épicier aubergiste au village voisin de Meissengott (précisons qu'en 1919, après la première guerre mondiale, le village de Meissengott repris son nom traditionnel de Maisonsgoutte et que c'est ainsi qu'on le nomme aujourd'hui.)

 

48 heures plus tôt, le chien enragé de Théodore Vonne a légèrement mordu son maître et cruellement le petit Joseph. Pasteur va-t-il pouvoir les traiter et les protéger contre la rage, comme il l'a déjà fait pour des chiens ? Samedi 4 juillet, Joseph Meister, fils du boulanger de Steige va à la brasserie Witz à Meissengott à quelques kilomètres chercher de la levure. Il est agressé par le chien de l'épicier qui le mord aux jambes et au bras droit en 14 endroits différents. Vonne accourt et est mordu légèrement à son tour. Avec la mère de Joseph prévenue aussitôt, ils se rendent tous trois chez le Dr Weber exerçant à Villé. Celui-ci désinfecte à l'acide phénique les plaies de Joseph mais devant la gravité des blessures, laisse peu d'espoir à sa maman. La rage est malheureusement fréquente en Alsace et l'on en connaît ses conséquences, aussi conseille-t-il d'aller à Paris consulter Pasteur, connaissant le succès de son traitement de vaccination antirabique.


Pasteur n'a traité que des chiens et n'étant pas médecin il hésite à passer à l' homme. Joseph est considéré comme perdu, aussi Pasteur prend-il l'avis de deux éminents collègues, le Dr Vulpian et le Dr J.Grancher. Ces deux médecins le confortent dans sa décision et dès 20 heures, le soir même, Grancher commence avec le nouveau vaccin à traiter Joseph, hébergé avec sa mère à l'annexe Rollin du laboratoire Pasteur. Vonne n'est pas traité et renvoyé car il ne présente pas de blessures réelle. Les inoculations sont poursuivies pendant 10 jours avec le succès que l'on connaît. Pasteur entretiendra avec le petit Alsacien une correspondance affectueuse et paternelle. Joseph Meister sera par la suite engagé à l'institut Pasteur en qualité de gardien.

 Climont-14.jpg

  La journée se termine au hameau du Climont.


Le Climont appelé autrefois Clivemont en ancien français, Winberg en vieil-alsacien, est un sommet gréseux de forme conique. Le mont à la forme clivée est reconnu de fort loin par les marcheurs et les voyageurs. Au XVIIè siècle le hameau du Climont est un lieu recouvert de bois. L'endroit sera défriché par une communauté d' anabaptistes qui dispose à l'époque d'un lieu de culte et d'un cimetière. Au XX è siècle, les anabaptistes retournent progressivement au protestantisme puis émigrent aux Etats Unis. La construction du temple est financée grâce à l'impératrice Augusta Victoria, l'épouse de Guillaume II. Le Climont (650 m) domine sur près de 300 m les hauteurs et plateaux environnants.


C'est dans ce havre de paix, à la ferme auberge des Cimes que nous reprenons les forces pour demain …

fleche 081  La Claquette - Le Climont

à suivre

Marthe

Partager cet article

Repost 0
Published by Marthala - dans Alsace-Lorraine
commenter cet article

commentaires