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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 16:07

Dimanche 3 juillet 2011

 

Site attrayant et mystérieux à la fois

 

Charquemont,située dans le département du Doubs, région Franche-Comté. Les habitants de Charquemont sont appelés les Charquemontais. En langage populaire, on les appelle les «Cent Sous» et, ou, «Sans sous», puisqu'à l'époque, le salaire perçu par les horlogers charquemontais, était de cent sous, qu'ils dépensaient très vite dans l'un des 46 bistrots du village !!! d'où le sans …


Origine du nom : s'il n'y a pas de doute quant à la seconde partie de Charquemont (évocation de la situation) «en montagne» de la localité, l'étymologie de la première partie est encore obscure. Peut-être vient-elle du latin «essartus», un essart étant le résultat du défrichement d'une contrée très boisée. Au XI ème siècle, Charquemont est encore couverte de «joux», forêts de résineux où ne s'aventurent que les chasseurs et les chercheurs de poix. Au XIII ème siècle, Charquemont est en cours de défrichement, notamment les côtes «au dessus de la mort».

 

Charquemont est un des berceaux de l'horlogerie française. En effet, dès le XVIII ème siècle, de nombreux métiers ont émergé et ont activement participé à l'élaboration de la production horlogère. Aujourd'hui, cet héritage de savoir-faire se traduit par une main d'œuvre très spécialisée, hyper-qualifiée et reconnue comme telle au sein du «Pays Horloger» et bien au-delà de nos frontières. Une société de fromagerie, certifiée au niveau européen, complète cette forte implantation industrielle.

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Les gorges du Doubs ...


C'est au parking de l'usine de Refrain que démarre la randonnée … des échelles de la Mort.

 

Un terme qui fait frissonner … et pour cause :

 

Il fut un temps, les échelles étaient de simples troncs d'arbres traversés par des bouts de bois, puis des échelles de bois à doubles montants leur succédèrent.


Ce site chargé d'histoire, enclavé dans la haute vallée du Doubs ou «Vallée de la Mort», témoigne de la crainte suscitée jadis par ces lieux peuplés de légendes, où de nombreux accidents mortels se produisaient à l'occasion de la «bricotte». Pratique généralisée sur la frontière franco-hélvétique aux XVIII ème et XIX ème siècles, la contrebande était en effet une activité lucrative. Dans ce site impressionnant, on peut encore gravir les échelles qui permettaient aux contrebandiers de transporter à dos d'homme diverses marchandises (farine, sucre, café, tabac, etc...) en déjouant la surveillance des «gabelous» (douaniers).


Cet endroit est aussi un lieu peuplé de légendes. La vallée est un impressionnant canyon naturel. Des noms peu engageants témoignent de la crainte qu'ont pu susciter jadis ces lieux, comme, Désert de la Mort, Couleuse de la Mort, Orgues de la Mort en raison des sonorités du vent dans la falaise. Cela fait frissonner et pourtant on est attiré par ces lieux … les échelles furent évidemment un lieu de passage pour de nombreux contrebandiers et, durant la dernière guerre, pour des passages clandestins.

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Le belvédère au dessus des échelles de la Mort

 

Le Doubs, cette rivière coulant au fond de la vallée, forme à cet endroit une frontière naturelle entre la France et la Suisse. Malgré tout, le cours de la rivière est ici entièrement français, repoussant ainsi la frontière réelle sur la rive droite du Doubs. Cette particularité se trouve modifiée de nombreuses fois, car, de sa source à Mouthe à son confluent Verdun sur Saône, le Doubs passe, tour à tour, de français à franco-suisse avec la frontière au milieu de la rivière, ensuite français mais frontalier, puis suisse pour enfin redevenir entièrement français. Ces bouleversements de frontière apportèrent, parfois, une aide considérable à certains contrebandiers poursuivis par les gabelous (douaniers) tentant de les intercepter...


Les parois rocheuses sont impressionnantes. Depuis le haut des belvédères, on distingue les différentes strates qui constituent les plissements de la vallée du Doubs. Plus difficile à voir est la façon dont s'est formée cette vallée, elle résulte de deux phénomènes synchronisés : Le Doubs, des Brenets à Goumois, dessine ses méandres dans un paysage de rochers, phénomène géologiquement impensable. L'explication vient du fait que le tracé actuel du Doubs est épigénique, c'est à dire antérieur au soulèvement des terres. Au tertiaire (époque géologique), suite à une première surrection du Jura se produit une usure et un aplanissement complet de la chaîne. Le Doubs, manquant de pente, trace des méandres sur ce plateau.


Une deuxième fois, le Jura se soulève lentement. Mais le Doubs réussit à maintenir son cours en érodant le relief qui montait sous lui. Ainsi s'explique les méandres encaissés uniques en Europe Centrale.

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Pour les plus sportifs, une via ferrata permet de grimper au belvédère.

 

Un peu plus loin, le canyon dans lequel se dressent les échelles a également pris le nom de Canyon des Échelles de la Mort. Il est temps de grimper pour commencer la randonnée ...

 

Les frères Louvet, forgerons à Charquemont, fabriquèrent, en 1898, des échelles à base d'acier anglais. Ces dernières, posées en février 1899, furent acheminées par le haut avec l'aide de chevaux et nécessitèrent deux jours de travail et la présence de dix personnes. Ces travaux, antérieurs à ceux de l'usine, ont été financés par les communes de Charquemont et du Boulois afin de faciliter les relations commerciales avec la Suisse. Les Échelles ont été rénovées et sécurisées en 2005.

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les échelles de la Mort

 

Le belvédère offre un panorama exceptionnel sur les gorges du Doubs. Nous traversons une riche végétation et arrivons au puits de la Charbonnière.

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le puits de la Charbonnière (vers 1700)

l'abri de la Charbonnière du Haut

 

Le travail du charbonnier


Les charbonniers vivaient au fond des bois, dans des huttes. La saison commençait début mars et s'achevait en octobre. Il fallait trois jours pour réaliser une meule en forme de cône. Au centre, était aménagée la cheminée d'aération, travail essentiel pour la combustion, que l'on montait avec des bûches de même calibre autour d'une grosse perche. La meule était recouverte d'une couche de feuilles sèches, de mousse, de terre ou de poussière de charbon pour une combustion lente du bois. La meule atteignait 1mètre 50 de hauteur et se composait de 12 à 14 stères de bois.

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Les outils de la charbonnière du haut

 

La meule était allumée tôt le matin, le poteau central retiré et on versait une pelletée de braises dans la cheminée pour alimenter le feu. Portées à haute température, les bûches de bois se carbonisaient lentement. Les charbonniers assuraient une surveillance de la cuisson, de jour comme de nuit, et ce pendant 4 à 5 jours. Le tas de charbon refroidi était ensuite recueilli pendant la nuit, pour vérifier qu'il n'y avait plus de braises. On étendait le charbon en rangs circulaires, toute la famille mettait en sac la marchandise.

 

Une meule donnait 20 sacs de 100 litres de charbon. Les morceaux de charbon ainsi produits allaient alimenter le foyer d'une forge ou d'une laminerie de la vallée.

 

Il faut descendre pour rejoindre le Doubs … à travers une véritable jungle.

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À tout instant on s'attend à voir surgir des personnages de légendes …

 

Même après plusieurs passages, cet endroit m'inspire toujours le même effet. En arrivant au bord du Doubs, on est saisi par la couleur verdâtre de la rivière envahie par les herbes et toutes les nuances de vert présentes dans la forêt sur la rive côté Français. On est impressionné par la différence frappante avec les falaises calcaires présentes du côté suisse. (des panneaux signalent que les lâchers d'eau des barrages peuvent provoquer de subites crues … prudence).

 

L'écho des rapides du Doubs, annonce l'ancien moulin de la Charbonnière du Bas. Construit au XVI ème siècle, il a fonctionné jusqu'en 1896. Les moulins hydrauliques cumulaient en général plusieurs fonctions, moulin à grains, battoir, scie, taillanderie … Du moulin banal de la Charbonnière il ne reste que peu de vestiges, mais on ne peut passer à côté de deux superbes meules qui gisent dans l'amoncellement de pierres écroulées sur la berge sans avoir une pensée pour ces hommes qui ont travaillé dur dans ces gorges.

 

Continuant notre balade, sur le sentier au fil de la rivière, nous goûtons au calme et au magnifique paysage apaisant, composé de jeux de miroirs sur l'eau que nous suivons jusqu'à l'usine hydroélectrique du Refrain.

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Le Doubs

emplacement de l'ancien moulin

de la Charbonnière du Bas

 

Le sentier débouche à la centrale hydroélectrique du Refrain, équipée de trois groupes turbine-alternateur. Chaque turbine, de type Francis double, tourne sous l'action de l'eau, entraînant un alternateur qui produit l'électricité. Les alternateurs sont reliés à un transformateur qui élève la tension de 5 500 à 63 000 volts pour le transport de l'électricité vers le réseau de distribution. L'ensemble a été rénové en 2010.


Situé à l'amont du cours du Doubs, le barrage du Refrain, créé une retenue d'eau – la retenue de Biaufond – d'une capacité de environ 1 200 000 m³ à partir de laquelle une prise d'eau dirige une partie de la rivière dans une galerie souterraine. Après avoir parcouru près de 3 kilomètres à travers la montagne, cette galerie aboutit à deux conduites forcées de 110 m de long qui alimentent en eau les groupes turbine-alternateur de la centrale située en aval.

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Usine de Refrain

 

Au Refrain, le cours du Doubs fait office de frontière naturelle avec la Suisse. Habituellement, c'est le milieu de la rivière qui marque la frontière, mais une convention signée, en 1780, entre Louis XVI et le Prince Évêque de Bâle, stipule que le cours de la rivière de Biaufond à Clairbief appartient en totalité à la France.

 

Sous l'impulsion de la Sté Forces Motrices du Refrain, un aménagement hydroélectrique est réalisé et mis en service dès 1909. L'ouvrage permettra d'irriguer en électricité toute l'industrie du pays de Montbéliard. Pionnière parmi les réalisations hydroélectriques françaises, le Refrain sera nationalisé en 1945 lors de la création d' Électricité de France.

 

Une belle balade que l'on ne se lasse pas de faire ou refaire …

 

Marthe

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Published by Marthala - dans Doubs
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commentaires

yves 03/08/2011 04:40


salut Marthala, vraiment une ballade superbe, une région magnifique qu'est le Doubs, je conseil à tous le monde d'aller dans cette région .
@+ schmoutz
yves


Christine Banwarth 02/08/2011 17:07


Coucou

Toujours bien documenté et bien écrit très belles photos également, ça rappelle de très bons souvenirs.

Christine