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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 16:32

Vendredi 15 juillet 2011

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Départ du village d'Aiguilles, chef-lieu du canton depuis le début du XIX ème siècle qui regroupe sept communes historiques du Queyras. Le village d'Aiguilles doit son nom à la rivière qu'il côtoie le Guil (Ad Guillum, près du Guil). Ce Guil, qui fait le charme de cette vallée du Queyras, sait aussi faire son malheur lors d'inondations, dont la dernière, en juillet 2002, aura fait grand mal à la Haute Vallée du Guil, dans le tronçon La roche écroulée – Ristolas.


Le torrent du Lombard, dont les crues sont redoutables, traverse Aiguilles avant de se jeter dans le Guil. Sur la rive droite, la vallée de Lombard est riche en prairies et en pâturages. D'importants troupeaux y viennent en transhumance en juillet et août. Une route carrossable conduit aux chalets de Lombard à 1 910 m. Autrefois, les Aiguillons allaient en pèlerinage le 5 août à la chapelle Notre Dame des Neiges de Lombard.

Deux étymologies ont été proposées pour expliquer l'origine du nom Aiguilles, soit ad Guilum « près du Guil » soit aquilas « les aigles », Aiguilles étant dominé par une montagne qui a pour nom « Serre de l'Aigle ».

 

La marmotte : mais quel est donc ce cri qui résonne dans la montagne ? un oiseau ? non, une marmotte ! Ce petit animal sait se faire entendre. Son cri strident qui perce à travers la quiétude du lieu est le cri d'alerte du rongeur qui informe ses congénères d'un danger réel ou présumé. L'oreille habituée fera la différence entre les différents sifflets, le très aigu et bref signale la présence d'un prédateur, généralement un aigle royal ou un renard, le long et répété indique notre présence.


Son odorat et son champ de vision (300°) lui permettent de ne pas se faire surprendre, où vraiment que très rarement. S'il est un animal emblématique des alpages, c'est bien la marmotte qui, de par son aspect débonnaire, jouit d'une popularité sans pareille. Comme tout animal sauvage, la marmotte ne se laisse pas facilement approcher. La marmotte est un rongeur, d'une longueur d'environ 70 centimètres qui vit sur les versants ensoleillés des alpages, au milieu des blocs de pierres et des éboulis. Présente dans le massif des Alpes, elle fut réintroduit dans le Jura, les Pyrénées et la Lozère.

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Marmotte dans son jardin fleuri

 

Tout le monde connaît l'expression « Dormir comme une marmotte » qui fait référence aux 6 mois d'hibernation que pratique cette espèce. La journée, la marmotte se contente de se nourrir et de se reposer. Elle ne boit pas, elle mange donc plutôt le matin et le soir afin de récupérer la rosée qui perle sur les plantes. La marmotte est exclusivement herbivore, sa dentition est caractéristique avec 4 incisives séparées des 18 molaires par une zone sans dents appelée barre (comme pour le chamois, le chevreuil …). Les incisives sont à croissance continue et leur forme en biseau est simplement dû au fait que la face arrière de la dent étant dépourvue d'émail, celle-ci s'use plus rapidement. Elle mange donc de l'herbe mais aussi, de temps à autre, des écorces, des baies, de jeunes pousses de mélèze. C'est avec ces repas qu'elle doit constituer les réserves qui lui permettront de passer l'hiver, elle grossit de jour en jour pour doubler de poids à la fin de l'été (environ 7 kilos).

 

Dès septembre, elle commence les préparatifs pour l'hiver, creuse le terrier, installe les herbes sèches qui serviront de matelas, une galerie annexe pour les toilettes. Le grand jour approche, il faut se purger, faire sa toilette afin de se débarrasser des tiques. Vers la mi-octobre, la marmotte entre dans son terrier et le ferme à l'aide d'une composition de boue et d'herbe séchée. Elle se roule en boule, le cœur bat plus lentement, la respiration ralentie, la température du corps diminue de 36° à 4°, elle semble morte pendant 6 mois sauf, que, de temps en temps elle va uriner.


Dès le printemps, le nouveau cycle reprend … celui des amours dans les terriers, suivit par celui des naissances (2 à 4 marmottons par portée), la vie en famille et la vie en colonie (regroupement de plusieurs familles sur un même territoire).

 

Attention : nourrir les marmottes avec de la nourriture autre que de l'herbe est contre nature et les marmottes en payent un jour ou l'autre le prix … Sciences et Avenir citait un jour «la marmotte est un animal sauvage pas du tout adapté au fast-food... »

Le sentier monte raide au hameau de la Pauze pour continuer en un sentier muletier et s'élever vers le hameau en ruines d'Eygliers. Là, a été construite après la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, la chapelle Saint Louis, grâce à des fonds donnés par Louis XIV. La crête du Serre de l'Aigle domine ce sentier qui monte dans l'alpage pour atteindre les lacs de Malrif. Malrif ou Malriou en dialecte signifie « mauvais torrent ».

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les ruines du hameau d'Eygliers autour de sa chapelle

 

En traversant ce groupe de maisons fantômes écroulées, l'on peut se rendre compte de l'état d'extrême dénuement dans lequel vivaient, autrefois, les habitants de ces localités isolées, perdues dans la montagne à 1 965 m d'altitude. Des hommes et des femmes qui, en dépit de leur misère, étaient indéfectiblement attachés à leur terre et à leurs racines.

 

C'est ici que nous quittons le GR au profit du chemin qui grimpe à la Bergerie du Lombard à 2020 mètres d'altitude. Nous comptions saluer les bergers, pas de chance ils sont absents … nous sommes reçus par deux aimables jeunes filles. Nous reviendrons c'est promis, l'endroit est magnifique et vaut le détour.


Il est possible de ramener le dénivelé de cette randonnée de 1 100 m à 600 m et nombreux sont les marcheurs qui démarrent à la Bergerie.

 

Nous continuons à grimper, à travers les alpages et apercevons au loin le troupeau de moutons de la Bergerie.

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Un dernier coup d'œil sur la Bergerie une très jolie fontaine devant la Bergerie

Direction les lacs de Malrif à travers de magnifiques paysages … de temps à autre, il faut aussi enjamber les torrents.

 

Tout là-haut attendent trois lacs nichés au pied du Pic du Malrif : le Grand Laus, Le Mézan et le Petit Laus, le plus élevé.

 

Nous croisons deux randonneurs avec d'énormes sacs à dos … ils ont campé plusieurs jours au Petit Laus à 2 805 m d'altitude et redescendent à la Bergerie.

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Après avoir traversé le torrent qui dévale à partir du Grand Laus pour aller se jeter plus bas dans le Guil, on arrive devant le plus grand des trois lacs, le Grand Laus alt. 2 579 m.

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le torrent du Grand Laus


L'environnement du Grand Laus est exceptionnel avec le Mont Viso en toile de fond. Après une montée sportive, l'arrivée dans son ambiance sereine et calme appelle au repos. Il est midi et c'est autour du lac que nous allons pique niquer.

 

En dialecte, Laus signifie Lac ce qui donne : Le grand Laus (grand lac), Lac mézan (lac moyen) et petit Laus (petit lac).

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Le Grand Laus altitude 2 579 m

 

Après la pause pique nique nous grimpons, au deuxième lac, le lac Mézan alt. 2 675 m, très agréable avec cette pelouse verte et en toile de fond la chaîne de montagnes.

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Lac Mézan altitude 2 675 m


Il faut encore faire un effort pour arriver au troisième lac, le Petit Laus altitude 2 805 m, il est le moins fréquenté car nombreux sont les marcheurs qui s'arrêtent au Grand Laus, quel dommage car l'ascension n'est pas difficile eu égard à la récompense qui nous attend en haut.

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Au Petit Laus

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le Petit Laus ceinturé de linaigrettes

Linaigrette de Scheuchzer, cette plante n'est pas réellement considérée comme une fleur mais comme une herbacée. Son fruit cotonneux apporte une note de gaieté dans les zones marécageuses et acides de montagnes de tout l'hémisphère nord. On ne la trouve aujourd'hui qu'en altitude alors qu'elle recouvrait l'ensemble des marais de plaine autrefois mais ces derniers ont été largement asséchés pour la mise en valeur agricole.

 

Pour redescendre nous optons pour le passage au hameau Le Lombard par une descente interminable.

 

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Hameau Le Lombard alt. 1 914 m


Dans ce hameau qui paraît inhabité, un paysan sur son tracteur et un couple de patous …

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le patou mâle

 

Le Patou, chien de protection est un gros chien blanc d'origine Pyrénéenne. Le Patou ou Pastou (de pastre = berger) veille sur les troupeaux de moutons, et a longtemps été le compagnon du berger, l'aidant à protéger son troupeau. Au début du siècle, l'utilisation du chien patou avait quasiment disparu. Depuis la réintroduction récente de l'ours dans les Pyrénées et la présence du loup dans les Alpes, ce chien représente de nouveau une aide précieuse pour les bergers. Dès sa naissance, le patou vit avec les moutons dans la bergerie. Cela permet au chien de tisser des liens très forts avec les moutons, pour aboutir à une acceptation totale et réciproque. Il vit toute l'année avec eux, l'été en montagne et l'hiver dans la bergerie. Ce conditionnement intensif lui permet de réagir instinctivement à toute agression contre le troupeau. Contrairement au chien de conduite, Border Collie ou Labrit (dont le travail consiste à diriger et rassembler le troupeau) qui reste auprès du berger, le patou est autonome, il accompagne et veille sur le troupeau jour et nuit.

 

Une formidable journée passée dans les alpages et autour des trois lacs de Malrif.

 

De retour à Ceillac, nous avons une pensée pour Philippe Lamour, grand homme du Queyras moderne. Maire de Ceillac de 1965 à 1983, il a dissuadé les Queyrassiens, traumatisés par les crues dévastatrices de 1957, de céder au désespoir et les a convaincus que leurs hautes vallées avaient encore un véritable avenir. Expert en questions agricoles et rurales, propriétaire de vignobles dans le Gard où il a développé les systèmes d'irrigation. Le canal du Rhône à Sète porte son nom. Il a compris que l'avenir du Queyras n'était plus dans l'économie agro-pastorale mais dans le tourisme. Il a fait baliser des chemins transformés en sentiers de grande randonnée, il a incité les Queyrassins à ouvrir des gîtes d'étape et en 1977 il a participé à la création du Parc Naturel Régional que nous avons eu beaucoup de bonheur à parcourir pendant ces quelques jours.

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Fin de notre escapade dans le magnifique Queyras, nous remercions la famille Fournier - Gîte les Baladins à Ceillac pour le super accueil familial durant tout la semaine. Bonne ambiance, bonne cuisine, bon hébergement tout pour passer une semaine de bonheur dans cette région magique.

 

Marthe

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Published by Marthala - dans Queyras
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