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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 11:26

Mercredi 27 octobre 2010

marbach-1.jpgéglise Saint Pantaléon de Gueberschwihr

8 heures à Gueberschwihr, nous saluons Simone, venue rejoindre le groupe des compagnons du mercredi.

Au pied des riches coteaux sous-vosgiens, au sud de Colmar, Gueberschwihr est un coquet village du vignoble alsacien riche en traditions et en coutumes, à l'image de son magnifique clocher du XII ème siècle, vestige de l'ancienne église romane. Cité médiévale pittoresque, Guebershwihr est un village caractéristique de la Route des Vins dAlsace. Nichée dans un écrin verdoyant, cette charmante bourgade qui a gardé son charme d'antan et son authenticité nous dévoile son riche patrimoine avec ses maisons à colombages avec encorbellements, porches sculptés, architecture remarquable, soutenue d'un fleurissement et d'un vignoble fait le bonheur des visiteurs. Dans ce pays de vignerons, tout vit au rythme des saisons et du vignoble admirablement exposé, doré de soleil, soigné avec amour depuis des générations.

Le départ est donné... la première grimpette nous réchauffe, la température fraîche du matin annonce une belle journée ensoleillée. En gravissant les rues, pavées, escarpées à souhait... je pensais que le jour de la grande fête du village, ces ruelles étaient ornées de multiples stands d'artisanat et comprenais mieux l'allusion faite dans un article sur Gueberschwihr de « Petit Montmartre ».

Direction la forêt de Gueberschwihr et ses magnifiques carrières, une joyeuse bande est en route.

En 1697, Louis XIV décide de protéger le village de Neuf-Brisach des Autrichiens qui ont pris pied dans la forteresse de Brisach. Vauban y réalise donc une véritable place forte à la demande du roi. Fin 1698 de nombreux militaires et paysans locaux sous la direction de Regemorte, son concepteur originaire de Hollande, on creuse le canal Vauban ou canal de Neuf-Brisach pour charrier les pierres qui viennent des carrières de Gueberschwihr et de Pfaffenheim. Il faut l'alimenter en eau par le biais d'un autre canal, puisant l'eau dans le Quatelbach à Ensisheim et l'emmenant jusqu'à Oberhergheim. Le canal Vauban va de Rouffach à Neuf-Brisach. Dès 1703 il est en partie comblé pour des raisons militaires, ailleurs il est utilisé pour irriguer les terres agricoles. Certains tronçons existent toujours. Le canal débutait au pied de la colline « Bill » à l'Est de le N 83 où se trouvait le port de chargement (aujourd'hui ce lieu-dit apparaît sous le vocable de « Schiffweier » (port). À proximité se situe une carrière de calcaire (aujourd'hui appelée Rochschtislöre) dont la pierre, selon sa qualité était utilisée comme pierre de taille ou de matériau de base pour élaborer la chaux. Une vingtaine de fours à chaux étaient alors en activité sur le site de la partie nord de la colline également exploitée. Le bois nécessaire à la construction de Neuf-Brisach fut fourni par la riche forêt de Pfaffenheim, pas assez cependant pour répondre à la demande, c'est ainsi que du bois a été exploité à Orschwihr et Bergholtz et acheminé sur Pfaffenheim par ce qui aujourd'hui encore s'appelle le « Holtzkanal ». 110 barges pouvant charger 30 tonnes de matériaux effectuèrent la navette, tirées par 3 hommes.

marbach-2.jpgdans les carrières de Gueberschwihr

Nous passons au-dessus du couvent Saint Marc l'un des plus anciens monastères du pays. Il remonte, sous le nom de « Sigismundzell », à l'époque mérovingienne. Une tradition fait remonter cette maison au temps de Dagobert sous l'invocation de Saint Sigismond. Au X ème siècle, vers 926, le couvent comme d'autres monastères de la région, fut ruiné par l'invasion des Hongrois, puis fut restauré en 1050 avec l'appui du Pape alsacien Léon IX. La nouvelle église fut ensuite placée sous le patronage de Saint Marc. Le Pape y établit les moines bénédictins et fit appeler ce vallon et son monastère du vocable de « Saint Marc ». Aujourd'hui on n'aperçoit plus rien des anciennes constructions. Entre 1360 et 1375 ce sont les grandes compagnies (troupes d'aventuriers qui, financées par les princes en temps de guerre, vivaient du pillage et de rançons en temps de paix ou de trêve) qui pillent le couvent. Ils font main basse sur toutes sortes d'objet précieux dont un reliquaire en argent contenant la fameuse « griffe du dragon » que Saint Hymer aurait rapportée d'un pèlerinage en Terre Sainte. Recrutées parmi les étrangers de toutes nationalités, surtout des Germaniques que le roi Édouard III d'Angleterre avait licenciés après le traité de Brétigny en 1360. Elles désolèrent la France du XIV ème siècle. Le couvent alors rattaché à l'abbaye de Saint Georges en Forêt Noire, transformé en prieuré est ensuite occupé par des religieuses bénédictines qui furent chassées pendant la guerre des paysans... aujourd'hui les bâtiments abritent les religieuses du couvent.

Le sentier débouche dans le superbe hameau d'Osenbuhr au milieu de la forêt profonde avant de replonger dans la forêt de Hattstatt, grimper au lieu-dit Bildstoeckle ( carrefour du château de Hattstatt en ruines) plonger au col de Marbach, contourner le Stauffen et arriver à l'abri de la Stauffenmatt pour le repas.

marbach-3.jpgÀ l'abri de la Stauffenmatt

Direction Voegtlinshoffen, autre village viticole qui possède sur son territoire les maigres vestiges de l'ancien prieuré de Marbach qui fit tant parler de lui lors de la querelle des Investitures...

marbach-4.jpg

L'abbaye de Marbach fut un ancien prieuré d'Alsace occupé depuis le XII ème siècle par des chanoines réguliers de Saint Augustin.

marbach-5.jpgLe porche de Marbach

L'abbaye de Marbach fut fondée en 1809 par le chevalier Burckard de Gueberschwihr ministériel fortuné, vassal de l'Église de Strasbourg. La légende rapporte que c'est au cours d'une partie de chasse, près du ruisseau du Marbach où il se reposait et s'endormit que Burckard fit un rêve : Jésus, la Sainte Vierge et Saint Augustin lui demandent de fonder un monastère à l'endroit même où il se trouve. À son réveil, il n'a plus qu'une idée en tête, entreprendre la construction d'un vaste bâtiment pouvant recevoir des moines. L'installation du bâtiment débute d'abord par la construction d'une petite chapelle dédiée à Saint-Augustin. Cette construction de forme carrée, à nef unique et abside semi-circulaire fut la première fondation.

L'ensemble sera terminé avec l'ample Narthex entre 1130 et 1140. L'église de l'abbaye fut consacrée à Saint Irénée, évêque-martyre et à Saint Augustin et à tous les saints. Burckard de Gueberschwihr engagea sa fortune personnelle, il fut encouragé par plusieurs familles de la noblesse alsacienne qui le gratifièrent d'importantes donations. La construction de l'abbaye de Marbah fut suffisamment avancée en 1094, pour que Burckard songe à y établir quelques conventuels ou franciscains. L'abbaye, monastère double, abritait également, au début de son existence des chanoinesses. Elles reçurent, en 1117, un terrain au fond du vallon de Wintzfelden et décidèrent d'y édifier un oratoire consacré à la Vierge. Elles quittèrent Marbach pour fonder, vers 1124, le Couvent de Schwartzenthann qui était situé au-dessus de Soultzmatt près du hameau de Wintzfelden. (voir à la fin du récit).

Cette célèbre abbaye de Marbach fut plus tard le centre de plusieurs autres établissements monastiques fondés dans le Haut-Rhin, en Allemagne et en Suisse. Située sur les hauteurs d'Obermorschwihr et de Voegtlinshoffen elle fut vendue en 1791 au cours de la Révolution Française. Le nouveau propriétaire fit pratiquement démolir entièrement les bâtiments de l'abbaye entre 1791 et 1806. Les deux tours de l'église sont démolies à leur tour en 1830. Seuls quelques vestiges subsistent encore de nos jours dont le narthex et la ferme.

marbach-6.jpgLe Narthex

Le Narthex échappera à la destruction en servant successivement d'auberge, puis de quarantaine après la construction du préventorium. Dans l'art roman, le Narthex ou Paradis ou encore Galilée, est un vestibule ouvert situé à l'entrée de la nef. Il était réservé aux catéchumènes (non baptisés) qui n'avaient pas accès à l'église. Il servait aussi d'abri à la dernière station des processions régulièrement effectuées par la communauté. À partir du XIII ème siècle, les Narthex seront peu à peu remplacés par un porche largement ouvert vers l'extérieur. Érigé en 1140 et partiellement démoli lors de la Révolution, le Narthex de Marbach a pu être restauré et consolidé grâce aux travaux financés sur les fonds publics entre 1986 et 1993. Cette vaste construction présente une remarquable série de trois arcades de pur style roman.

marbach-7.jpg

La ferme de Marbach

La ferme (der Bauernhof), champs et vergers couvraient le domaine de Marbach durant les siècles derniers. La ferme subsiste et abrite aujourd'hui des ateliers qui sont utilisés par des équipes de jeunes qui assurent entre autres l'entretien du parc. Il ne reste malheureusement aucune trace des anciennes dépendances de l'abbaye comme moulin à grains et moulin à huile alimentés par le ruisseau du Marbach dont on réglait le débit à partir de l'étang de Bumatt.

Le mur d'enceinte, d'une longueur de plus d'un kilomètre a nécessité cinq années de travaux à la fin du XV ème siècle. C'est le seul vestige de ce type en Alsace, et à ce titre classé monument historique.

Bâtiment Auguste Biecheler, en 1925, l'avant garde du Rhin, sous l'impulsion de son président Auguste Biecheler, acquiert le domaine de l'ancienne abbaye de Marbach en ruine. Il fait entreprendre des travaux pour y développer un centre de vacances qui deviendra rapidement un préventorium destiné à soigner des enfants susceptibles de développer la tuberculose. C'est ainsi que plusieurs milliers d'enfants âgés de 6 à 14 ans venus de la France entière vont bénéficier d'un séjour réparateur, encadrés par des religieux de l'ordre de Saint Camille de Lellis et des sœurs de Saint Marc. Après la Seconde Guerre Mondiale, les progrès de la médecine permettent la régression de la maladie et en 1968, le bâtiment est aménagé pour devenir un établissement accueillant des enfants en difficultés (IME-IMPRO).

Le retour à Gueberschwihr passe à travers la forêt de Hattstatt.

marbach-8.jpgGueberschwihr

Gueberschwihr a dû être doté assez tôt d'un lieu de culte chrétien, c'est ce que suggère l'antiquité du cimetière établi autour de l'ancienne église romane et qui recèle des sarcophages de l'époque mérovingienne et franque.

De l'église Saint Pantaléon ne subsiste que le clocher, particulièrement beau. Le reste de l'église est néo-romane du XIX ème siècle. Le clocher en grès rose, haut de 36 mètres est orné de fenêtres géminées. Entre autres trésors on peut admirer les nombreuses peintures, le chemin de croix, la chaire et les tableaux en bois sculptés et peints au fond de l'église. Dans le bras est du transept se trouve le reliquaire de Sainte Charitine (la gracieuse) dont le corps fut découvert dans les catacombes de Saint Basile à Rome en 1845, don de l'abbé J.B. Keller natif du village qui était présent lors des fouilles. Il a fait façonner un corps et habiller la relique en remettant les ossements à un cirier. Charitine est un nom d'origine grecque que l'on pourrait traduire par « la gracieuse, la charmante »

marbach-9.jpgreliquaire de Sainte Charitine

À l'extérieur de l'église, des sarcophages du VIIIè siècle... Lors de la reconstruction de l'église au XIX ème siècle, des sarcophages qui étaient enfouis dans un ancien cimetière ont été exhumés. Ces sarcophages datent de l'époque mérovingienne et témoignent de la présence d'un ancien sanctuaire dès le haut Moyen-Âge à côté d'une source sous l'actuelle église. Certains sarcophages sont exposés au musée d'Unterlinden de Colmar, d'autres sont visibles derrière le clocher de l'église Saint Pantaléon à Gueberschwihr.

marbach-10.jpgSarcophages

Avant de clore cette journée, juste quelques mots sur le couvent de Schwartzenthann qui était situé près du hameau de Wintzfelden. Le couvent connut son apogée en 1154 avec la réalisation du célèbre codex Guta-Sintram, calligraphié par la chanoinesse Guta de Schwartzenthann et enluminé par le chanoine saint Augustin Sintram de Marbach. En 1154, tous deux achevèrent cet ouvrage prestigieux pour le dédier à la sainte Vierge. L'atelier d'enluminure du couvent produisit également plusieurs manuscrits, conservés dans divers musées européens. En 1298, le couvent fut dévasté par les troupes du comte de Ferrette et le déclin du couvent se confirma dès la fin du XIV ème siècle, accéléré par l'abbé de Marbach qui le vida de ses occupantes. De nouveau partiellement occupé, le couvent fut à nouveau saccagé par les paysans en 1525, les dernières sœurs quittèrent Schwartzenthann en 1531. Les ruines servirent de carrière aux habitants du lieu jusqu'au XVIII ème siècle. Ces ruines furent retrouvées accidentellement en 1969, en particulier un sarcophage roman et des dalles funéraires qui ont été mis à l'abri dans le lapidarium, élevé à côté de l'église de Wintzfelden.

Joyau de l'enluminure romane : le codex Guta-Sintram, est l'un des manuscrits les plus précieux d'Alsace qui, compte tenu de son âge, du décor roman extraordinaire et de son contenu, appartient aux trésors culturels d'envergure en Europe. Le manuscrit occupe une place particulière du fait que nous connaissions et le scribe et l'enlumineur chargés de sa réalisation ainsi que de la date et le lieu de son achèvement.

à bientôt pour d'autres découvertes.

 

Marthe et les compagnons

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Published by Marthala - dans Alsace-Lorraine
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