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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:07

20 Mars 2011

 

« L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse est l'histoire de l'infini » (Elysée Reclus 1869)

 

vous trouverez ces quelques mots sur une pierre à côté de la source de l'Ill à Winkel.

 

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Le village de Winkel

 

L E S U N D G A U

 

Vers 750, le Duché d'Alsace formé sous les derniers Mérovingiens et administré par les Etichonides, est partagé en deux comtés, le Nordgau et le Sudgau, mentionné dans le traité de Mersen (870). La limite entre les deux territoires est le Landgraben, au sud de Sélestat. Le terme de Sundgau apparaît dans les textes au XII ème siècle. Au 1er siècle avant JC, le Sundgau est englobé dans un vaste territoire occupé par les Séquanes avec pour centre Besançon. Vers 70 avant JC, les Séquanes pour se libérer du joug de leur voisin les Eduens, font appel aux Romains. Jules César bat Arioviste en 58 avant JC et les Romains s'installent en Alsace. Un réseau de routes très dense se met en place reprenant les chemins des Celtes. Aux bords des routes se construisent les vicus comme à Largitzen, Sierentz, Koestlach… La domination romaine prend fin au début du V ème siècle. Les Alamans occupent alors le Sundgau, puis les Francs suite à la victoire de Tolbiac (496). Le Sundgau est englobé dans le royaume d'Austrasie et fait partie du Duché d'Alsace. Sous les Mérovingiens, le christianisme est introduit dans le Sundgau, sous l'influence de moines irlandais. Vers 700 apparaissent les premières églises-mères dédiées à Saint Martin.

 

Des Vosges au Jura, le Sundgau dévoile ses charmes avec ses nombreux étangs, ses rivières, ses vertes collines et ses villages pittoresques avec maisons à colombage. Dans le Sundgau, au fil de l'eau, vous remonterez jusqu'aux sources du Pays. Départ à Sondersdorf pour une journée riche en découvertes dans une merveilleuse nature.

 

Après Ligsdorf nous débouchons à Winkel. Sous l'imposant massif du Glaserberg se niche Winkel (Haut-Rhin) et la petite source de l'Ill sort de terre... Du germanique Winchil ce joli village nous accueille. Le territoire de la commune conserve des traces d'occupation humaine au néolithique. Peut-être fondation de l'abbaye de Lucelle, la localité est connue sous le nom de Winchelein en 1146 et de Winchele en 1156. Elle fait partie de la mairie de Moernach et de la seigneurie de Ferrette. Depuis le XII ème siècle, l'abbaye de Lucelle y possède une grange ou domaine agricole et des caves à vin. Une famille de petite noblesse porte le nom du village au XIII ème siècle, la tradition locale rapporte que Rodolphe von Warth, noble suisse, y possédait un château.

 

L'activité du village est marquée par la verrerie de Glashütte et les mines de fer, fournisseur de la fonderie de Lucelle qui contribuent à son peuplement au XIX ème siècle. Nous entrons dans Winkel par la rue de la chapelle. Une visite à la chapelle de Warth s'impose !

 

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La chapelle Warth à Winkel

 

L'historique de ce sanctuaire du XIV ème siècle, taillé en partie dans le roc et entouré de légende est lié à la fin tragique du chevalier Rodolphe de Warth complice du parricide Jean de Souabe qui, le 1er mai 1308, avec des comparses assassina Albert Ier de Habsbourg. Rodolphe de Warth fut condamné à mort pour son crime et subi le supplice de la roue et son château fut rasé en représailles. Son agonie dura 3 jours et 3 nuits. Son épouse Adelhaïde de Sargans le veilla lui prodiguant les soins les plus tendres et le préparant à une mort chrétienne. Ce ne fut qu'après lui avoir fermé les yeux qu'elle consentit à le quitter. Consumée de douleurs elle mourut quelques années plus tard dans la fleur de l'âge. Elle avait 3 fils dont 2 s'étaient voués à l'état ecclésiastique. Probablement ce sont eux qui, par la suite ont fait ériger cette chapelle en face du château paternel rasé sur ordre de la reine. Restaurée en 1956, la chapelle est dédiée depuis cette date à Marie, Reine du Monde.

 

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Chapelle Warth à Winkel

 

Cloche magique, vierge de l'apocalypse, retable, vierge et l'enfant, grotte de Lourdes, beaucoup de trésors se cachent dans cette chapelle insolite, taillée à flanc de rocher.

 

Un petit dicton du coin explique qu'à l'annonce d'un orage, un petit coup de cloche de cette chapelle et l'orage allait s'abattre un peu plus loin !! cette même cloche qui, pendant la guerre a été démontée et cachée de nuit dans une fosse à purin, pour ne pas tomber aux mains des Allemands…

 

Fermons cette page d'histoire et grimpons à la source de l'Ill relatée en première partie. L'Ill baigne la plaine d'Alsace. Important affluent du Rhin, elle coule dans les départements du Haut Rhin et du Bas Rhin. L'Ill a donné son nom à l'Alsace : Elsass en langue germanique signifie Pays de l'Ill. Longue de 223 km, elle prend sa source dans le Jura Alsacien, précisément à Winkel avec une résurgence à Ligsdorf. Elle contourne alors Ferrette, la Largue, une autre rivière sundgauvienne se jette dans l'Ill à Illfurth. L'Ill bifurque vers le nord et se jette dans le Rhin en aval de Strasbourg après la chute de Gambsheim.

 

En quelques enjambées nous arrivons à la source de l'Ill. Là, Anne Rochette, artiste-plasticienne, a conçu et réalisé le nouveau site de la source de l'Ill.

 

Ce travail a été conduit avec Dominique Szulc. Dans cet aménagement paysager, qui est l'articulation d'un ensemble de pierres taillées et d'un travail paysager, elle a cherché à établir une relation de complicité et d'échange entre l'oeuvre sculptée, le site et les usagers avec les 10 pierres blanches symbolisant des gouttes d'eau avec la source...

 

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dans ce pré naît l'Ill, la rivière mère de l'Alsace !!

 

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la naissance de l'Ill pour 223 kilomètres …

 

Plus tard, Winkel nous accueille sur le sentier touristique dit « Sentier des Marocains » pour une rencontre de son patrimoine.

 

Entre 1929 et 1940 pour se prémunir de toute invasion ennemie, la France a construit le long de ses frontières du Nord-Est une véritable muraille d'ouvrages fortifiés : la Ligne Maginot. ÀWinkel, dans sa partie la plus au sud, sa construction inachevée entre 1939 et 1940 était étroitement liée à la vie d'un régiment de tirailleurs marocains. En leur souvenir, un chemin portait déjà leur nom, c'est désormais tout un parcours devenu aujourd'hui un témoin privilégié de l'histoire et un authentique élément de l'identité locale... Le Bildstœckle, lieu-dit, dénommé aussi plateau de l'Oratoire (722m), est une aire de repos avec un abri, lieu de départ du sentier des Marocains.L'oratoire en bois sculpté au milieu des tilleuls, représente dans sa partie supérieure la Sainte Famille accompagnée de la Sainte Trinité et en-dessous, une statuette de Saint Antoine.

 

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L'allée des Hêtres ravit les randonneurs... un véritable enchantement… située sur le banc communal de Ligsdorf en forêt domaniale de Saint Pierre Lucelle. Elle est constituée d'un alignement régulier remarquable avec de nombreux arbres de plus de 150 ans avec pour certains 28 m de haut et 3 m de circonférence.

 

Intérêt paysager et historique du site, sans doute aussi l'une des plus belles vues du Jura alsacien sur le Jura suisse voisin. Surplombant la ferme du Grand Kohlberg, ainsi nommé car on y produisait jadis du charbon de bois, elle permet de rejoindre le col de Neuneich.

 

Le col du Neuneich où une aire de pique-nique invite à la pause… c'est précisément ici que nous allons poser nos sacs à dos. Un petit abri est installé sur le site d'une ancienne ferme dont les vestiges du puits sont encore visibles, mais l'option de manger sur les tables extérieures inondées de soleil l'emporte bien sûr.


Le nom de << Neuneich » fait référence à l'alignement de neuf chênes qui se trouvait autrefois près de la ferme, cette dernière, jugée non rentable fut rasée et remplacée par une forêt.

 

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l'allée des Hêtres


Un peu d'histoire : avant la Révolution, la forêt de Saint Pierre appartenait à la célèbre abbaye de Lucelle, fondée en 1123 par Saint Bernard, l'illustre moine cistercien de Clairvaux. Àla Révolution en 1789, les moines durent s'enfuir et les biens de l'abbaye furent confisqués par l'État, la forêt de Saint Pierre qui ne comprenait alors que quelques 340 ha devint domaniale. Les fermes du Grand et Petit Kohlberg furent réunies à la forêt entre 1889 et 1903, mais en raison de leur vocation agricole manifeste, elles ne furent pas boisées, elles seront détachées de la forêt en 1956. La ferme du Neuneich, également appelée Neuhof comprenait, en 1857, une maison d'habitation avec puits, grange, écurie, jardin potager et verger, prés, champs et pâturages, le tout d'un seul tenant sur une surface de 62 ha. On y trouvait sans doute aussi un alignement de neuf chênes, ce qui constitue un élément paysager caractéristique dans la région. Plusieurs familles se sont succédées sur la métairie et quelques personnes y sont même nées... l'acte de baptême le plus ancien remonte à 1696.

 

Longeant les pâturages du Hornihof, au pied du Glaserberg, nous sommes surpris par les troupeaux de lamas qui, curieux… avancent vers les randonneurs ! C'est exceptionnel de rencontrer, dans notre région autant de lamas sur un pré, mais cela fera l'objet d'une autre sortie.

 

Un sentier descend à travers une magnifique forêt… et bientôt nous nous trouvons devant la chapelle Saint Martin Notre Dame de Hippoltskirch. La chapelle est située sur les bords de l'Ill, le long de la voie romaine.

 

Un édifice primitif dédié à Saint Martin, déjà cité en 1144, tenait lieu d'église paroissiale du village de Sondersdorf qui disparu de cet endroit progressivement au profit d'un emplacement plus élevé, hors des ravages des inondations de l'Ill. L'évêque de Bâle la fit démolir en 1770 pour cause de vétusté, mais elle fut fortement restaurée entre 1778 et 1781, avec l'accord du nouvel évêque. En parallèle une nouvelle église dédiée à Saint Ulrich est construite au village haut.

 

La reconstruction de la chapelle s'appuie sur le gros œuvre de l'église primitive et réemploie le plafond à caissons peints de l'ancienne église, une merveille que l'on peut apprécier lorsque la chapelle est ouverte, ce qui fut le cas le jour de notre passage. En réemploi aussi, le couronnement de l'armoire eucharistique gothique est placé au-dessus de la porte d'entrée.

 

La chapelle, aujourd'hui dédiée à la Vierge Marie, fut depuis le Moyen Âge un lieu de pèlerinage, attesté depuis le 17 ème siècle. Un ermite gardien des lieux, habita un ermitage jusqu'en 1920. Àcôté, se situait un cimetière. Une maison forestière a pris la place de l'ermitage autour de 1935.

 

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chapelle de Hippoltskirch

 

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exceptionnel plafond à caissons peints

 

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et en prime une chaire unique !!


à bientôt

Marthe

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Published by Marthala - dans Alsace-Lorraine
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