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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 10:18

Mercredi 8 septembre 2010

Magnifique balade au pays des comtes de Ferrette et aux sources de l'Ill, la rivière de l'Alsace. Cette partie nord du Jura (le Jura alsacien) renferme vallons, cluses, superbes futaies et grasses prairies ou affleurent les roches calcaires. De charmants villages ou fermes isolées, des ruisseaux, une chapelle posée délicatement à l'orée d'un bois, de vieilles murailles (ruines des châteaux) semblent vouloir nous conter les légendes d'antan...

L'Ill, rivière qui autant que le Rhin fait l'Alsace puisqu'elle traverse du nord au sud pratiquement sur toute sa longueur et qu'elle reçoit les principales rivières qui descendent des Vosges : Doller, Thur, Lauch, Fecht, Weiss etc... Au départ un petit ru sort de terre, se faufile à travers les prairies, disparaît et reparaît avant de devenir, quelques dizaines de kilomètres plus loin, une agréable petite rivière ombragée où l'on trouve la truite fario... L'Ill coule sur 223 km, elle sort de terre à Winkel avec une résurgence à Ligsdorf, elle contourne Ferrette. La Largue, autre rivière sundgauvienne se jette dans l'Ill à Illfurth, elle bifurque vers le nord et se jette dans le Rhin en aval de Strasbourg après la chute de Gambsheim.

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La source de l'Ill sur les hauteurs de Winkel

Sous l'imposant massif du Glaserberg se niche Winkel (Haut-Rhin) et la petite source de l'Ill sort de terre... Là, Anne Rochette, artiste-plasticienne, a conçu et réalisé le nouveau site de la source de l'Ill. Dans cet aménagement paysager, qui est l'articulation d'un ensemble de pierres taillées et d'un travail paysager, elle a cherché à établir une relation de complicité et d'échange entre l'oeuvre sculptée, le site et les usagers avec les 10 pierres blanches symbolisant des gouttes d'eau avec la source... Ce travail a été conduit avec Dominique Szulc...

La journée débute à Ferrette– au lieu-dit Don Bosco. Ferrette, ancienne capitale du Sundgau, enfermée dans une muraille du XIII ème siècle, regorge de bâtisses anciennes et remplies d'histoire. À l'extrême sud de l'Alsace, cette coquette petite ville doit son origine au château dont les ruines dominent la localité nichée dans les premiers contreforts du Jura à près de 600 m d'altitude. En 1103 Frédéric Ier, hérite des terres d'Alsace supérieure, qui prirent plus tard le nom de comté de Ferrette. Il meurt vers 1168, son fils Louis lui succède mais décède lors d'une croisade à laquelle il prit part en 1189. Le fils de Louis, Frédéric II prend la relève. Il fera fructifier ses terres au point de susciter la convoitise de l'Évêque de Bâle avec qui il entrera en conflits. Dès 1208, Frédéric II dote le bourg du régime municipal et l’entoure de muraille en 1233. En 1271, Ferrette est mentionnée pour la première fois comme Ville.
Il sera assassiné en 1233, officiellement par son fils Louis qui sera accusé de parricide et excommunié. Son autre fils, Ulrich prend le pouvoir, ce n'est que six siècles plus tard que l'on découvrira un parchemin contenant l'aveu, par Ulrich, de l'assassinat de son père. Ce parricide ne lui portera pas chance car en 1271 Ulrich est forcé de vendre à l'évêché de Bâle le château et la ville de Ferrette, devenant ainsi son vassal, comme le sera plus tard son fils Thiébaut et son petit fils Ulrich III. À la mort d'Ulrich III, en 1324, Jeanne de Ferrette hérite du Comté de Ferrette, et épouse l'archiduc Albert de Habsbourg.

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Ferrette et son château

En 1324, avec le mariage de Jeanne de Ferrette et de Albert II de Habsbourg, (ils eurent 6 enfants) le comté passe à la maison d'Autriche qui lui accorde de nombreux privilèges, débit exclusif du sel pour toute la seigneurie qui comptait plus de 30 villages, droit de nommer des magistrats, franchise de tous droits de péage, droit de tenir des foires (dont celle de la Saint Nicolas accordé en 1491 par Maximilien 1er et qui existe toujours), Ferrette devient la résidence du bailli seigneurial...

Pendant la guerre de Trente Ans, en 1633, le commandant Hartmann d'Erlach, allié des Suédois envahit le Sundgau et s'empare de Ferrette. Excédés par les exactions des Suédois, les paysans du Sundgau se révoltent et attaquent le château causant la mort d'Erlach. En guise de revanche les Suédois incendient le château supérieur et détruisent les murs d'enceinte.

En 1639,le comté de Ferrette est occupé par les troupes françaises et en 1648, après le Traité de Westphalie, Louis XIV en fait don à son fidèle ministre, le cardinal de Mazarin qui le lègue à sa nièce, épouse d'Armand Charles de la Porte. Par héritage le comté passa ensuite aux mains de leur fils Paul Jules de la Porte (1666-1731), puis à la fille de celui-ci Charlotte Antoinette épouse d'Emmanuel Félicité de Durfort Duras. Leur fille, Louise Jeanne épouse de Louis Marie Guy d'Aumont le transmet à sa fille Louise Félicité Victoire épouse d'Honoré IV de Grimaldi duc de Valentinois, Prince de Monaco. Ceci explique pourquoi l'actuel Prince de Monaco porte parmi ses nombreux titres celui de comte de Ferrette sans avoir aucun lien par le sang avec les premiers comtes de Ferrette.

(renseignements puisés sur internet)

Après le sentier des 3 pays, le chevalet bleu mène à la grotte du Docteur Herring moins connue que la célèbre grotte des Nains, cependant très intéressante !

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Exploration de la grotte du Docteur Herring

Remonter sur les pâturages par une pente glissante demande toute notre attention, nous y arrivons tous sans problème...

Winkel se dévoile rapidement devant nous ! Du germanique Winchil ce joli village fleuri nous accueille. Le territoire de la commune conserve des traces d'occupation humaine au néolithique. Peut-être fondation de l'abbaye de Lucelle, la localité est connue sous le nom de Winchelein en 1146 et de Winchele en 1156. Elle fait partie de la mairie de Moernach et de la seigneurie de Ferrette. Depuis le XII ème siècle, l'abbaye de Lucelle y possède une grange ou domaine agricole et des caves à vin. Une famille de petite noblesse porte le nom du village au XIII ème siècle, la tradition locale rapporte que Rodolphe von Warth, noble suisse, y possédait un château.

L'activité du village est marquée par la verrerie de Glashütte et les mines de fer, fournisseur de la fonderie de Lucelle qui contribuent à son peuplement au XIX ème siècle.

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La chapelle de Warth à Winkel

Avant la source de l'Ill, une visite à la chapelle de Warth s'impose !

L'historique de ce sanctuaire du XIV ème siècle, taillé en partie dans le roc et entouré de légende est lié à la fin tragique du chevalier Rodolphe de Warth complice du parricide Jean de Souabe qui, le 1er mai 1308, avec des comparses assassina Albert Ier de Habsbourg. Rodolphe de Warth fut condamné à mort pour son crime et subi le supplice de la roue et son château fut rasé en représailles. Son agonie dura 3 jours et 3 nuits. Son épouse Adelhaïde de Sargans le veilla lui prodiguant les soins les plus tendres et le préparant à une mort chrétienne. Ce ne fut qu'après lui avoir fermé les yeux qu'elle consentit à la quitter. Consumée de douleurs elle mourut quelques années plus tard dans la fleur de l'âge. Elle avait 3 fils dont 2 s'étaient voués à l'état ecclésiastique. Probablement c'était eux qui, par la suite ont fait ériger cette chapelle en face du château paternel rasé sur ordre de la reine. Restaurée en 1956, la chapelle est dédiée depuis cette date à Marie, Reine du Monde.

Fermant cette page d'histoire nous grimpons à la source de l'Ill relatée en première partie.

Plus tard, Winkel nous accueille sur le sentier touristique dit « Sentier des Marocains » pour une rencontre de son patrimoine.

Entre 1929 et 1940 pour se prémunir de toute invasion ennemie, la France a construit le long de ses frontières du Nord-Est une véritable muraille d'ouvrages fortifiés : la Ligne Maginot. À Winkel, dans sa partie la plus au sud, sa construction inachevée entre 1939 et 1940 était étroitement liée à la vie d'un régiment de tirailleurs marocains. En leur souvenir, un chemin portait déjà leur nom, c'est désormais tout un parcours devenu aujourd'hui un témoin privilégié de l'histoire et un authentique élément de l'identité locale...

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Le Bildstœckle, lieu-dit, dénommé aussi plateau de l'Oratoire (722m), est une aire de repos avec un abri, lieu de départ du sentier des Marocains. L'oratoire en bois sculpté au milieu des tilleuls, représente dans sa partie supérieure la Sainte Famille accompagnée de la Sainte Trinité et en-dessous, une statuette de Saint Antoine.

L'allée des Hêtres est un véritable enchantement... située sur le banc communal de Ligsdorf en forêt domaniale de Saint Pierre Lucelle. Elle est constituée d'un alignement régulier remarquable avec de nombreux arbres de plus de 150 ans avec pour certains 28 m de haut et 3 m de circonférence.

Intérêt paysager et historique du site, sans doute aussi l'une des plus belles vues du Jura alsacien sur le Jura suisse voisin. Surplombant la ferme du Grand Kohlberg, ainsi nommé car on y produisait jadis du charbon de bois, elle permet de rejoindre le col de Neuneich.

Le col du Neuneich où une aire de pique-nique invite à la pause… c'est précisément ici que nous allons poser nos sacs à dos. Un petit abri est installé sur le site d'une ancienne ferme dont les vestiges du puits sont encore visibles, mais l'option de manger sur les tables extérieures inondées de soleil l'emporte bien sûr. Le nom de » Neuneich » fait référence à l'alignement de neuf chênes qui se trouvait autrefois près de la ferme, cette dernière, jugée non rentable fut rasée et remplacée par une forêt.

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Aire de pique-nique au col de Neuneich

Un peu d'histoire : avant la Révolution, la forêt de Saint Pierre appartenait à la célèbre abbaye de Lucelle, fondée en 1123 par Saint Bernard, l'illustre moine cistercien de Clairvaux. À la Révolution en 1789, les moines durent s'enfuir et les biens de l'abbaye furent confisqués par l'État, la forêt de Saint Pierre qui ne comprenait alors que quelques 340 ha devint domaniale. Les fermes du Grand et Petit Kohlberg furent réunies à la forêt entre 1889 et 1903, mais en raison de leur vocation agricole manifeste, elle ne furent pas boisées, elles seront détachées de la forêt en 1956. La ferme du Neuneich, également appelée Neuhof comprenait, en 1857, une maison d'habitation avec puits, grange, écurie, jardin potager et verger, prés, champs et pâturages, le tout d'un seul tenant sur une surface de 62 ha. On y trouvait sans doute aussi un alignement de neuf chênes, ce qui constitue un élément paysager caractéristique dans la région. Plusieurs familles se sont succédées sur la métairie et quelques personnes y sont même nées... l'acte de baptême le plus ancien remonte à 1696.

Après un convivial pique-nique au soleil nous dégringolons à Ligsdorf… et remontons à Ferrette.

Ferrette, cette charmante petite bourgade... respire à nouveau… après des mois d'inquiétude !! La gendarmerie mobile est maintenue à la caserne Robelin. Rappelons qu'au nom de la réforme des missions de la gendarmerie menée par l'État, la suppression de six escadrons de gendarmes mobiles a été annoncée pour 2010. Parmi ces unités, figurait Ferrette. L'annonce de la dissolution de l'Escadron 24/7 avait couru depuis le début de l'année, de nombreux courriers, entretiens téléphoniques etc... les élus ont eu raison de ce terrible projet qui avait provoqué l'inquiétude des élus et de la population de la commune. Les gendarmes mobiles et leurs familles occupent actuellement le 2ème site et représente le quart de la population de la commune… Ferrette sans ses gendarmes mobiles ne serait plus Ferrette, bravo à tous ceux qui se sont battus !!

C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu un article sur internet concernant le Pfirterzegla, et ne peux quitter le Sundgau de ma jeunesse sans vous le faire partager !! La ligne de chemin de fer Altkirch-Ferrette qui, pendant de longues années rythmait la vie des Sundgauviens dont, bien entendu, je fais partie… Nombreux seront ceux qui se rappelleront cette époque de notre enfance...

Dès 1885, des pourparlers officiels sont engagés pour la construction éventuelle d'une ligne de chemin de fer desservant la haute vallée de l'Ill. Une liaison ferroviaire ente Altkirch et Ferrette était jugée nécessaire par les autorités allemandes, afin de favoriser l'écoulement de la production des industries textiles et forestières alors florissantes. En 1889, le maire suivi du Conseil Municipal de Waldighoffen protestèrent énergiquement : on ne voulait aucunement de « Strassenbahn » et les arguments n'étaient pas sans fondement (le chemin de fer est un danger permanent pour les habitants, les enfants ne seront plus en sécurité, etc… ) Rien n'y fit, la ligne fut tout de même construite et inaugurée le 4 janvier 1892. Le représentant de l'Empereur s'étonna que le train passa aussi près des habitations… en effet dans les localités allant de Henflingen à Durmenach, le train passait si près des maisons que l'on pouvait facilement distinguer l'intérieur des pièces d'habitation !! jusqu'à distinguer les assiettes sur les tables des habitants. Quotidiennement, cinq voyages aller et retour étaient prévus sur un trajet de 24 km avalé en 1 heure et 40 minutes… Le Pfiterzegla (tortillard de Ferrette) fut très vite le centre d'attraction des villageois, parallèle à la route, la voie ferrée tentait les jeunes à se mesurer en course à pied de vitesse au géant dans la traversée du village. Amusé par ce petit jeu, le conducteur du train lâchait la vapeur pour aveugler et disperser ses « concurents ». Les craintes des édiles furent confirmées par l'imprudence des voyageurs descendant du train en marche lors de la traversée des villages.

En 1945, au lendemain de la Libération, la ligne n'était plus rentable et l'introduction de cars tua le rail. Le 23 juin 1953, le Ministre des Transports à Paris signa l'arrêt de mort du « Tacot de Ferrette ». Seul un trafic de marchandises, très réduit subsista encore quelques années.

En 1895, le journal « Neue Mülhauser Zeitung »publia une éventuelle ligne de chemin de fer reliant la ligne Altkirch-Ferrette à Saint Louis, parmi de nombreux projets de tracés c'est finalement Saint Louis-Waldighoffen qui l'emporta. Ce n'est qu'en 1912 que le feu vert fut donné et les travaux d'agrandissement de la gare de Saint Louis et de la section Michelbach-le-Haut / Blotzheim furent commencés. En 1914, il y avait un vaste chantier à Waldighoffen, plusieurs chantiers furent engagés en même temps… le branchement des deux lignes exigeait un réseau à plusieurs voies permettant les manœuvres. Le 17 mars 1915, le premier train en provenance de Saint Louis entra en gare de Waldighoffen. Ouverte à la circulation le 1er mars 1920, elle s'anima d'un trafic intense à raison de cinq mouvements par jour. Au point de vue stratégique, elle reprit de l'importance après 1930 en assurant les liaisons entre la ligne Maginot et les arrières. Après 1945, le trafic reprit mais la ligne se révéla de moins en moins rentable et c'est le 28 mars 1955 que le dernier train de voyageurs entre Saint Louis et Waldighoffen circula.

ferrette-7.jpgLe site de la source de l'Ill à Winkel, havre de paix

Une bien belle balade dans le Sundgau… à bientôt

Marthe et les compagnons

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Published by Marthala - dans Alsace-Lorraine
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