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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:37

Mardi 15 novembre 2011

faux.png

 

La crête des Vosges, au cours de la Première Guerre Mondiale, formera pendant près de quatre années la ligne de front entre les armées françaises et allemandes. La montagne conserve toujours ses cicatrices, ouvrages bétonnés ou en pierre sèches, tranchées, tunnels … Et puis il y a ces croix, monuments et cimetières qui rassemblent ceux qui ont perdu leur vie sur ces rochers ou chaumes. Aujourd'hui nous allons découvrir un de ces sites, si nombreux dans les Vosges, où l'enfer devenait le lot du quotidien.


Orbey, faisait partie de la seigneurie du Hohnack et était propriété des comtes d'Éguisheim. En 1049, Brunon d'Éguisheim, devenu le pape Léon IX, fait don de terres sises à Orbeiz, comprenant une cour colongère (groupement de paysans) au couvent de Woffenheim (Ste Croix en Plaine). Le village (nommé Urbeis en allemand) obtient son statut de communauté en 1252, il relève alors des seigneurs de Ribeaupierre. Petite ville située à proximité des deux axes transvosgiens, blottie dans un bassin à 550 m d'altitude à l'écart des circulations de transit. Au creux d'un bassin de plusieurs vallons, Orbey est entourée et protégée des vents par la montagne qui l'entoure, au nord la Tête des Faux et le Grand Faudé, au sud les Hautes Huttes et le Linge, à l'est le Breu et le Hohnack et à l'ouest les Hautes Chaumes et les Immerlins. Cette dernière est la région la plus élevée avec le Gazon du Faing culminant à 1306 m, c'est aussi la plus pittoresque avec le site prestigieux des Lacs Blanc et Noir. Le Val d'Orbey est traversé par la Weiss. Il est difficile de savoir si les premiers habitants d'Orbey étaient francophones (welches) ou germaniques (alsaciens). Mais dès le XII ème siècle, on trouve le lieu de Remeymont toponyme bien francophone certainement dans le secteur de Saint Genest.


Aujourd'hui nous avons du renfort … une charmante Danoise nous accompagne pour cette sortie … bienvenue à Elin ! Quittant Orbey par la grimpette au Sacré Cœur nous sortons de la mer de nuages, moment magique, le soleil brille et c'est un véritable bonheur de se trouver au-dessus d'une épaisse couverture blanche qui plonge la vallée dans un épais brouillard.


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Monument édifié sur la chaume de la colline du Creux d'Argent à la suite d'une mission prêchée en 1933. Sur le socle de la statue du Sacré Cœur deux plaques … l'une commémorant la mission tandis que la seconde rappelle la rupture de la digue du lac Noir en 1933.


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à quelques pas … la chapelle Saint Genest …


C'est en 1813 que fut autorisée la construction d'une première chapelle dans le secteur afin de desservir les nombreux écarts. En 1888, la chapelle est reconstruite, mais sera victime des bombardements au cours de la Première Guerre Mondiale. Reconstruite après le conflit, elle est bénie en 1926.


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moments délicieux


Après le col du calvaire nous grimpons à la tête des Immerlins, puis une descente mène au cimetière Duchesne. À cet emplacement était établi le camp arrière français. Le cimetière, crée en 1924 regroupe les tombes de 408 soldats Français dont seize regroupés dans un ossuaire.


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« En avant ! Mes enfants, en avant ! » Telles sont les dernières paroles du commandant Duchesne, un héros que le 215 ème régiment d'infanterie a eu le malheur de perdre le 2 décembre 1914. Magnifiquement situé, sous de grands sapins comme protégé de leurs ramures. Calme et paix règnent sur ce petit cimetière où nul ne peut rester insensible au sacrifice de ces hommes, bien trop jeunes pour mourir, même pour un idéal… et c'est grâce à eux et beaucoup d'autres que l'Alsace est redevenue française. Ceci concerne une page importante de notre histoire, ne l'oublions pas.


Une étrange impression nous gagne en prenant d'assaut la dernière grimpette pour rejoindre la Tête des Faux … à 1219m d'altitude, ce champ de bataille est classé monument historique.


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Avant le sommet, une stèle en mémoire des officiers et chasseurs Alpins tombés à la Tête des Faux de 1914 à 1918.


Enfin nous débouchons au sommet entre un chaos de rochers, barbelés et chevaux de frise un sentier passe devant une simple croix, témoin de l'horreur d'une guerre. Tout est resté abandonné … encore encombré de barbelés rouillés, de poutrelles métalliques, de vestiges de murs de défense, ce n'est qu'en levant les yeux que l'on se rend compte, que de tous côtés, s'ouvre à nous un paysage panoramique magnifique.


La Tête des Faux domine au fond de la vallée de la Weiss les trois communes du Bonhomme, de Lapoutroie et d'Orbey. Le sommet tire son nom de la forêt de hêtres (fagus sylvatia en latin) fau en vieux français et faou en breton qui jadis la recouvrait.


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Fortin allemand au sommet


La citadelle allemande à l'extrémité du sommet, gros bunker à 2 étages … un véritable donjon pouvant surveiller la vallée possède trois entrées et de nombreuses embrasures de tir avec des volets métalliques.


Après la pause repas au soleil, une rapide descente nous amène devant la roche du Corbeau ou Rabenfelsen alt. 1145 m. Elle fut transformée en fort retranché et servait d'observatoire aux soldats allemands. Une construction en bois habillait ce promontoire.


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Roche du Corbeau ou Rabenfelsen alt 1145 m hall d'arrivée du téléphérique

 

Plus bas nous découvrons une construction en béton, un de ces innombrables blockhaus qu'on rencontre dans cette montagne. C'est ici qu'aboutissait le funiculaire montant de Lapoutroie et les Allemands avaient creusé un tunnel de 1 100 m de long reliant le sommet de la Tête des Faux leur permettant d'amener en première ligne munitions et matériel. La gare d'arrivée du téléphérique … grand abri coiffé d'une épaisse dalle en béton avec à l'intérieur des piliers en acier. Le départ se faisait depuis l'église de Lapoutroie.


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Continuant à dévaler la montagne nous débouchons à l'étang du Devin, une tourbière en fin d'évolution d'environ deux hectares nichée au fond d'un cirque glaciaire. C'était le camp arrière des Allemands. Son nom viendrait de Colin le devin ou Crimmelin qui s'établit ici au Moyen Âge pour prédire l'avenir aux habitants des environs.


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Aujourd'hui abri pour randonneurs … ce fut une station de pompage pour l'alimentation en eau des troupes allemandes durant la Première Guerre Mondiale. Le bâtiment abritait également un générateur pour la production d'électricité.


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Infirmerie


Plus loin, sur le chemin, un grand abri qui, selon le panneau sur le fronton, a servi d'infirmerie.


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Chapelle du cimetière allemand Rabenbuhl

 

Le cimetière allemand désaffecté blotti dans la forêt depuis 1918. Récemment restauré, surtout la chapelle. En plus du portail il reste quelques stèles. Autour du cimetière il subsiste quelques vestiges d'abris qui témoignent de l'importance de l'arrière camp autour de l'étang du Devin.


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Portail du cimetière


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Pour rejoindre Orbey il faut entrer dans la mer de nuages et redescendre dans la vallée où les habitants n'ont pas vu le soleil de toute la journée.


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Les compagnons ont passé une merveilleuse journée dans une région hors du commun !

 

À bientôt

Marthe

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Published by Marthala - dans Alsace-Lorraine
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