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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 12:00

Dimanche 23.05.2010

 

Sentier Côtier ( LE YAUDET, LOCQUEMEAU, SAINT-MICHEL-EN-GRÈVES)


Petit-déjeuner 7h30 face à la Lieue de Grève sous un superbe soleil... la journée promet d'être belle et bien remplie...

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Départ en car vers Poulec'h pour une rando de 23 km avec pique nique à Locquémeau (tiré du sac).

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Le GR 34

Le GR 34 est un sentier de grande randonnée qui longe la côte bretonne. Long de 1700 km, son parcours débute à Vitré (Ille et Vilaine) pour se terminer au Tour du Parc (Morbihan). Il reprend en grande partie les anciens chemins des douaniers. Ces chemins, progressivement abandonnés durant la première moitié du vingtième siècle, permettaient aux douaniers de patrouiller le long des côtes depuis leurs corps de garde, situés sur des points d'observation clés de la côte bretonne.

Partis de Poulec'h nous arrivons au Léguer, petit fleuve côtier qui coule dans le Trégor. Il prend sa source dans les tourbières de Saint Houarneau sur la commune de Bulat-Pestivien. Il traverse Lannion et se jette dans la Manche par un estuaire de 9 km à Beg Léguer. Fréquentée depuis le néolithique, l'embouchure magnifique de ce fleuve permet de s'aventurer sur la pointe du Yaudet et dans la baie de la Vierge.

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Le fleuve Léguer

Le sentier longe le fleuve Léguer sur un sentier ombragé dans une forêt dense... superbe ce début de journée...  jusqu'à la Pointe du Yaudet.

Sur le site du Yaudet, à l'embouchure du Léguer, naquit une cité d'importance, connue au Moyen-Âge sous le nom de Vetus Civitas. Vieille Cité ou Vieux Monastère, selon les étymologies, elle sera ensuite nommée Ar Yodeden breton, le Yaudet en français... Le Yaudet entrera dans l'histoire des hommes à partir du Néolithique, 10 000 ans, environ avant notre ère. Contrairement à d'autres régions du pays où les mégalithes marquent souvent le passage de populations de cette époque, cette ancienne cité n'en a gardé aucun monument encore visible de nos jours. Seules les fouilles entreprises ici ont permis de trouver des objets usuels tels qu'outils de silex, haches polies et fragment de poterie... Le nom de Léguer en est l'héritage, il signifierait fleuve...

Dominant l'estuaire du Léguer au nord, protégé par la vallée de la Vierge à l'Ouest, ce promontoire se révélait être un endroit idéal pour installer une communauté. Aucune trace d'habitation n'a toutefois résisté au temps, même si plus tard, à l'âge de bronze, le site était toujours occupé. La mer était alors plus éloignée de la côte et il n'est pas impossible que le limon et le sable de l'embouchure de la rivière couvrent aujourd'hui des vestiges à jamais perdus, car c'est dans le lit du Léguer que furent draguées des armes de cette époque. Les toutes premières traces d'habitations datent du premier siècle de notre ère.

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Vue sur le Léguer depuis la place du Yaudet

Dès la période gauloise, le promontoire fut fortifié. En s'y installant, les Romains doublèrent les fortifications. Le port commerçait avec l'Angleterre, l'Espagne et la Méditerranée. Un simple village regroupait quelques modestes habitations dans la vallée du Léguer, en bordure d'un chemin franchissant le gué du Buzulzo, carrefour des voies antiques romaines. Une garnison romaine protègera le site jusqu'au IVème siècle. Au Vème siècle, les Bretons insulaires immigrèrent en Armorique apportant leurs langue, culture et légendes. Le Yaudet devint la Vieille Cité.

Au bout du promontoire se dresse Notre Dame du Yaudet, chapelle à la Vierge Couchée, dans son lit de dentelle et ex-voto, qui domine la baie de la Vierge et son mur de pêcherie évoquant la légende d'Efflam et Enora. Cette chapelle a remplacé, en 1861, une chapelle très ancienne détruite en 1858, certains éléments de l'ancien édifice dataient du XIème siècle. La famille de Kerninon fut à l'initiative de la reconstruction de la chapelle. À l'intérieur, on peut découvrir un retable du XVII ème siècle représentant la Vierge couchée avec l'enfant Jésus. Selon la tradition, cette représentation de la Vierge couchée aurait un lien avec un culte pré-chrétien de la déesse de la fécondité et de la fertilité. Par ailleurs, à la racine du nom gwilioudin (en breton accoucher) on trouve la consonance du nom Yaudet. Le Pardon y est célébré le 15 août.

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Notre Dame du Yaudet, chapelle de la Vierge couchée

La légende raconte qu'Enora, la chaste épouse de Saint Efflam, partie à sa recherche en Armorique, vit son esquif du cuir échouer dans la baie de la Vierge, retenu par les pierres en fermant l'entrée à marée descendante. Un monastère fut dès lors fondé en cet endroit. Il ne subsistera que du V ème au VIII ème siècle et fut sans doute à l'origine d'une légende qui voulait que le Yaudet fut le premier évêché, éphémère du Trégor. Les pierres d'une première église remontent au XI ème siècle de notre ère, sur les fondations d'un temple romain dont elle récupéra certains matériaux. Composée de deux nefs à six travées, elle eut des modifications du XIII ème au XVII ème siècle et sera détruite en 1855. C'est à la requête des Kerninon que la chapelle actuelle fut érigée et achevée en 1861, sur les fondations de l'ancien lieu de culte. Elle a intégré certains des éléments d'architecture de l'ancien édifice.

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La vierge couchée

Nous quittons, non sans regrets, ce petit paradis pour la baie de la Vierge... de jolies maisons bretonnes nous interpellent sur le parcours...

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maison bretonne

Un magnifique sentier côtier mène à la Pointe du Drouven.Marquant l'entrée sud de l'estuaire du Léguer, la Pointe du Drouven se présente comme un éperon rocheux à la végétation encore sauvage, le sommet est recouvert de pins maritimes ce qui lui donne un aspect des plus pittoresques.

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À la Pointe de Dourven

Le lieu Dourven signifie en breton"Pierre bruissante" et a inspiré bien des poètes et musiciens.

Arrivés à la Pointe de Dourven, nous avions le choix entre contourner le sommet ou grimper... bien entendu avides de découvertes nous ne nous faisons pas prier... il y a toujours une récompense à tout effort... Le sommet constitue un remarquable point de vue sur l'estuaire du Léguer, les plages de Beg Léguer et, à l'ouest la Pointe de Séhar.

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Les pommes de pin de Marcel Dinahet

Entre les troncs des Douglas, trois grosses pommes de pin de Marcel Dinahet font un clin d'œil à tous les créateurs qui prennent leur quartier au Dourven.

Par le passé, la pointe servit de poste de surveillance de la côte. Ce site fut choisi pour la construction d'un corps de garde destiné aux milices garde-côtes. Le site se trouva être celui qui avait été utilisé par les Romains pour construire le fortin d'angle de leur dispositif de défense du III ème siècle. Les pierres furent réemployées pour construire le bâtiment actuel qui a été restauré en 1982 et couvert de lauzes (plaques de schiste de Locquémeau).

Un bâtiment élevé sur le site en 1845, le corps des douanes. Cette fois encore, l'emplacement retenu fut celui de la tour d'angle nord-est de la défense romaine. Pour cause, il offre une vue imprenable sur l'entrée de la rivière et surplombe le port du Yaudet. Les derniers vestiges du fortin furent arasés et les pierres servirent à l'édification d'une petite construction où 5 douaniers pouvaient se tenir. À proximité, un banc d'observation fut établi dans le mur d'enceinte romain, vers l'extérieur, abritant des vents dominants les douaniers de service.

Au centre du domaine, la maison de Dourven construite en 1912 par la famille Even, est aujourd'hui dédiée à l'art contemporain.

Le domaine est un site naturel protégé, propriété du Département des Côtes d'Armor ouvert au public. Cet espace naturel remarquable comprend une partie naturelle d'estuaire et de cap, des landes côtières, falaises et abords avec au pied des amas rocheux ou chaos granitiques, avec en prime un parc boisé près du rivage. Un havre de paix comportant une aire de pique-nique est à la disposition des visiteurs et promeneurs.

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Prochaine étape : Locquémemau – Pointe de Séhar – lieu de rassemblement général des randonneurs pour le pique-nique. Il est midi lorsque nous arrivons à la Pointe de Sehar Cette pointe se trouve à l'extrémité d'une presqu'île jointe à la terre, à l'origine, par deux cordons de galets. À la fin du XIX ème siècle, une route fut aménagée sur l'un des cordons afin de favoriser le développement du port de Locquémeau en pleine expansion sardinière. Entre les deux cordons de galets s'étend le petit étang du Vorlenn. À l'origine, celui-ci était recouvert par la marée deux fois par jour. Des travaux de remblaiement au cours des années 70 l'ont, en partie, comblé. Bien que réduit, l'étang a été conservé. Aujourd'hui il accueille des oiseaux migrateurs et abrite une flore rare et spécifique. Sur la façade de la presqu'île se trouve une grève de galets et de sable appelée «an Aod Bras» (la grande plage). Devant cette plage est aménagé le port de plaisance de Locquémeau. En breton, la Pointe e Séhar se nomme Beg Sech'h, ce qui se traduit par pointe sèche. La Pointe de Séhar marque le début de la falaise de Trédez, site naturel classé.

Tous les randonneurs pédestres se retrouvent à la Pointe de Séhar pour un pique-nique. Nous profitons d'un bon repos sur les rochers baignés de soleil, face à la mer... un spectacle inoubliable, c'est tout simplement merveilleux.

Le village de Locquémeau fut fondé au VI ème siècle par un moine venant de Grande Bretagne, Quémeau (Kemo en breton). Il y fonde un monastère mais ce n'est que vers le Xème siècle que ce hameau adopta son nom actuel. Loc (venant du latin locum désignant en Bretagne un lieu de culte ou ermitage), le nom pourrait avoir été influencé par une présence romaine au début de notre ère. Les landes du village comportent, en effet, les ruines de deux fortins gallo-romains au préfixe de Ty-Coaz. Succursale de la paroisse de Tredrez à partir de 1426, la chapelle de Locquémeau tiendra toutefois ses propres registres jusqu'à la Révolution et abrite toujours la plus grande partie de la population de l'entité communale.

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La Pointe de Séhar

À marée basse, les lignes de granit surgissent d'une eau dont la houle peut aisément drosser les bateaux mal pilotés vers les pièges que constituent les hauts-fonds. Ces arrêtes aux contours rugueux, semblent parfois faites de tranches magmatiques superposées surgissant ici et là parmi les galets pour aller se noyer jusqu'au bout de la Pointe de Séhar qui s'engouffre lentement dans la mer. Le paysage y paraît irréel et unique. Contrairement aux autres rives, aucune végétation ne s'accroche, aucune vie ne semble possible sur ces cailloux entrecoupés de galets.

Locquémeau a toujours vécu des richesses d'une mer où ses marins puisaient leur subsistance. Connues depuis des temps immémoriaux pour leur fécondité, les eaux baignant les rives du village étaient exploitées tant pour la pêche que pour la récolte du goémon. Il existe d'ailleurs encore les vestiges de pêcheries artisanales sur la plage. Le port s'est progressivement développé, connaissant son apogée au XIX me siècle. En ce temps-là, la baie de Lannion voyait régulièrement ses eaux côtières envahies de bancs de sardines dont la pêche devint une spécialité locale. Deux conserveries seront construites à côté du port et fonctionneront jusqu'au milieu du XX ème siècle. La sardine a ensuite disparu de la baie et les conserveries ont fermé leurs portes... la dernière campagne de pêche à la sardine sera clôturée en 1954. Il reste aujourd'hui une quinzaine de bateaux de pêche inscrits au rôle du petit port, draguant au chalut, pêchant à la ligne, à la palangre ou aux casiers. Lieux, maquereaux et soles ont remplacé la sardine. Le homard, l'araignée ou la coquille Saint-Jacques font désormais l'ordinaire des patrons-pêcheurs.

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merveilleux paysage à la pointe de Séhar

Nous reprenons notre bâton de randonneur pour découvrir et vivre un après-midi de rêve... sur des kilomètres de sentiers côtiers nous vivons des moments à jamais gravés dans notre mémoire.

Les falaises de Trédez (site classé) s'étendent sur environ 2 kilomètres depuis le port de Locquémeau jusqu'à la pointe de Beg ar Forn qui marque l'entrée de la Lieue de Grève. Je n'ai pas de mots pour décrire toute cette beauté... époustouflant !! voyez vous-mêmes...

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ou encore...

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La magnifique promenade de Locquémeau à St Michel en Grève dure environ deux heures, elle permet d'admirer les falaises de Trédez et le panorama que l'on découvre à Beg Ar Forn est superbe. Il s'agit de l'un des plus grands ensembles de falaises vierges de Bretagne. Le sentier des Douaniers traverse des paysages restés sauvages avec un panorama exceptionnel sur les côtes finistériennes.

Saint-Michel-en-Grève, 4 km de plage de sable fin aux couleurs changeantes… une plage magique marquée en son milieu d'une croix ancestrale, vestige de l'ancienne voie gallo-romaine...  Son église et son clocher à dentelle de lumière et son remarquable cimetière marin, l'un des seuls d'Europe battu par les flots à marée haute. L'équivalent breton est «Lokmikael-an-Traezh», les habitants se nomment les Michelois. Pendant des siècles, tous les voyageurs se déplaçant en longeant la côte, de Lannion à Morlaix, redoutaient la traversée de la Lieue de Grève sur plus de quatre kilomètres de sable. Les dangers pouvaient être aussi nombreux que variés, aux périls de la mer, s'ajoutait le risque de fâcheuses rencontres de voleurs et de bandits qui rançonnaient la grève. La Croix de Mi-Lieue, en 1956 l'abbé L. Le Clec'h précisait dans son ouvrage sur le Yaudet que «près de nous, il y a moins d'un siècle, on pouvait voir émergeant des flots, dans la baie de St.Michel-en-Grève, aux grandes marées d'équinoxe surtout, la croix d'un calvaire. Comment ce calvaire s'y trouvait-il, sinon parce qu'autrefois cette partie de la plage était en terre ferme et qu'une route passait par là, reliant directement Trédez, St.Michel-en-Grève d'une part, et Saint Efflam». Ce calvaire autrefois en terre ferme était appelé Kroaz an Hanterlev, la croix de la demi-lieue. Une légende raconte que la Lieue de Grève recèle sous ses sables une des cités endormies.

Nous rentrons au Manoir de Kerallic en parcourant, par la plage de St.Michel-en-Grève, prolongée par la plage de Saint-Efflam sous un soleil de plomb...

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la plage de Saint-Efflam et ses chars à voiles...

À marée basse, la partie est de la plage est souvent utilisée pour des activités du type char à voile. Tous les ans, la plage est le théâtre de grandes courses hippiques. Les cyclos arrivent à notre hauteur, eux aussi ont fini leur périple... nous les saluons avec des grands signes de la main avant de nous retrouver tous au Manoir pour le repas du soir.

La fontaine Saint-Efflam. Cette fontaine date du XVI ème siècle, elle est toute proche de la chapelle du même nom et fait aussi l'objet de la dévotion des fidèles. On attribue à son eau des vertus miraculeuses. Du temps de l'abbé Déric, qui écrivit en 1777, «on se rendait à jeun, le lundi, à la fontaine de Saint-Efflam, lorsque l'on avait été volé. Là on jetait dans l'eau plusieurs morceaux de pain, à chacun on donnait le nom des personnes soupçonnées. Celui des morceaux qui restait au fond indiquait le nom du voleur». Une autre légende : les jeunes filles laissaient tomber deux morceaux de pain, s'ils se rejoignaient, elles se mariaient dans l'année (je préfère cette dernière...)

À la fin de la révolution, le dôme qui couvre la fontaine, du XVII ème siècle, a été remonté vers l'intérieur compte tenu de l'érosion marine. Un grand escalier de pierre permet d'accéder à l'esplanade entourant la Chapelle située plus haut. À l'aplomb du dôme, un carré de pierres taillées laisse apparaître une eau claire qui s'écoule ensuite dans un petit canal lui-même taillé dans la pierre qui traverse une succession de minuscules petits bassins. L'eau s'écoule ensuite dans la direction de la mer.

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La fontaine Saint-Efflam

La chapelle est installée à mi-hauteur, sous Kérallic, sur le flanc ouest de la plage de Saint-Efflam. Elle est solidement installée sur une grande terrasse bordée de murets. Le mur du cimetière de la chapelle bordait la route (voie romaine) reliant Lokmikael (Saint-Michel-en-Grève).

Après environ 26 km nous sommes heureux d'avoir vécu pleinement cette journée... Après le repas, l'intervention de clôture des organisateurs suivie d'un concert de Fanch Le Marrec, artiste local (chants marins et anecdotes...) à la salle de spectacles, fut une façon fort agréable de terminer la soirée.

à demain...

Marthe

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Published by Marthala - dans Bretagne
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